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La jeunesse du despote |

Bata 1962 |
Fang du clan Essangui, Teodoro Obiang Nguema
Mbasogo est
né le 5
juin 1942
1
à
Akoakam, district de Mongomo,
province du Wele Nzas, dans le centre-est du
Rio Muni, la partie continentale du pays. Chaque année, son anniversaire
est férié et considéré comme une fête nationale sur toute l'étendue du
territoire.
3e d'une famille de 10
enfants, il est le neveu de Macias Nguema.
Son père,
Nguema Eneme Obama, est un
immigrant originaire d'Oyem,
dans le Nord du Gabon voisin.
Frêle et peu enjoué,
timide et taciturne, le jeune Teodoro, surnommé Abayak ne commence
sa scolarité qu'en 1950 à l'école primaire de Mongomo, puis au Groupe
scolaire "Cardenal Cisneros" d'Ebebiyin,
dans le Nord-Est.
Après une scolarité plutôt médiocre, il entre en 1958 comme surveillant au
Centre professionnel des Frères missionnaires de la Salle, à Bata.
Il y prépare alors un
baccalauréat administratif
et l'entrée à l'Ecole des Arts et Métiers, mais sans succès.
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Une carrière militaire |


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En 1963, il arrive pour la première
fois à Malabo où il obtient une bourse pour l'Académie générale militaire
de Saragosse en Espagne où il se spécialise dans le maniement des
véhicules militaires.
Il bénéficie de cette formation avec une soixantaine de jeunes
compatriotes. C'est le "Grupo de
Zaragoza " qui jouera plus tard un rôle capital dans le destin d'Obiang
Nguema...
A son retour au pays en 1965, il est
nommé au grade de sous-lieutenant et affecté à Mikomeseng, puis à Bata
(1967) et à Malabo (1968).
Mais très vite, il va gravir les échelons de la hiérarchie militaire grâce
à son oncle, Macias Nguema, alors ministre dans le gouvernement autonome.
Lorsque Macias Nguema est élu président de la République, en 1969, Obiang
Nguema est promu lieutenant de la Garde Nationale (armée) et se voit
confier le commandement de toutes les troupes de Malabo, la capitale du
pays.
En 1970, il est nommé Directeur général de la planification et de
l`approvisionnement au ministère de la Défense.
"Effacé et calculateur, il était à l`époque une personne qui semblait
désintéressée de la politique et qui se limitait à son rôle de chef
militaire, à obéir aux ordres",
se rappelle un ancien ministre de l'époque.
Un de ses anciens compagnons
d'armes aujourd'hui à la retraite le dépeint comme une "personne rusée,
très intérieure, qui peut à un moment vous donner l'impression d'être avec
vous alors qu'en vérité, il pense le contraire".
Ces qualités lui ont valu dans le régime du dictateur et oncle, Francisco
Macias Nguema (1968-1979), le pseudonyme de "Zé Bere Ekum" ("la
panthère aux aguets", dans la langue fang).
En 1971, il est élevé au grade de capitaine.
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Dans l'ombre de l'oncle... |
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Commandant de l'armée et des régions militaires de la capitale, il
dirige la terrible prison de Black Beach où il assiste alors à de
fréquentes séances de torture et se trouve impliqué dans toutes les
exactions les plus viles du régime sanguinaire de Macias Nguema...
Par exemple, c'est sous les ordres d'Obiang Nguema que la Garde nationale
lit toute la correspondance privée qui circule dans le pays. Fin 1974, une
institutrice, Isabel Ipuna, se voit amputer un bras pour avoir écrit à ses
parents vivant à l'étranger...
Il organise également la chasse aux fugitifs le long des côtes ainsi que
le minage des chemins vicinaux empruntés par de nombreux Equato-Guinéens
pour fuir le pays.
En 1975, Obiang Nguema est nommé Vice-Ministre de la Défense et
commandant des Forces armées dans tout le pays.
En juin 1976, il est nommé Secrétaire Général du Ministère des Forces
Armées Populaires. C'est lui qui
procède alors à l'arrestation d'une
centaine de hauts fonctionnaires et de membres du gouvernement (qui
avaient osé critiqué la politique économique du dictateur) qu'il transfère
à la prison de Bata. Par la suite, beaucoup seront
liquidés, la plupart à coups de crosse ou noyés dans l'océan...!
En 1979, il est nommé
Vice-Ministre des Forces Armées Populaires et lieutenant-colonel. |
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La révolution de palais |
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En 1979, le mécontentement est grand dans l'armée, car les caisses de
l'Etat sont vides et les soldes ne sont plus payées, même celles des
officiers.
Obiang Nguema lui-même vit
alors grâce à
la gérance de l'Hôtel Bahia, à Santa Isabel (Malabo). Et cependant, en exécutant
servile des volontés du dictateur, il n'hésite pas à faire exécuter, en
juin 1979, à Mongomo, cinq officiers venus réclamer leur solde impayée
depuis des mois.
Toutefois, quand Obiang apprend l'intention de Macias Nguema
de le remplacer à la tête des
Forces armées par un de ses fils, Teonesto Macias Bindang, formé à Cuba,
il n'hésite plus. Il évacue femme et enfants aux Canaries, puis par un Coup d'Etat, le 3 août 1979, soutenu par le "Grupo de
Zaragoza " et avec l'aide de troupes gabonaises, il s'empare du pouvoir.
Il s'empresse alors de proclamer son attachement à la démocratie
et aux Droits de l'homme (qu'il ne cesse de violer depuis lors) et s'auto-proclame
Président de la république : C'est le fameux "Coup de la liberté"...
Depuis lors, le 3 août est la fête nationale du pays.
En septembre 1979, se tient à Malabo le procès public de Macias Nguema.
"On y murmura que le vieux dictateur serait absout, à la condition qu'il se
taise sur l'implication d'Obiang Nguema dans les crimes perpétrés durant
son mandat. Et Macias Nguema, dans son ultime tentative de sauver sa vie,
évita effectivement d'évoquer le comportement de son commandant en chef
des forces armées. Cependant, Obiang Nguema ne respecta pas sa promesse et
fit condamner à mort son oncle-père. Selon la tradition fang,
l'élimination de Macias Nguema constitue un parricide... Tuer son père
pour s'approprier sa fonction présidentielle... constitue un crime
impardonnable; et ce surtout lorsque la gestion Obiang Nguema se révêle
encore plus médiocre que celle de sa victime."
2
Macias Nguema fut exécuté le 29 septembre par un peloton de soldats
marocains, envoyés à Obiang par Hassan II en échange d'une renonciation au
soutien apporté jusqu'alors au Front Polisario...
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Vers la démocrature |
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Trop heureux de voir la Guinée équatoriale échapper à la zone d'influence
communiste, l'Occident accueillit à bras ouvert le nouveau maître du
Palais: des messages de soutien arrivèrent de partout, ainsi que des
vivres et des médicaments, L'Espagne s'empressa d'installer la télévision
couleur à Malabo, le Maroc envoya à Obiang 300 soldats marocains qui
constituèrent sa garde prétorienne et Jean-Paul II réinstalla
l'évêque Nze Abuy qui avait fui la dictature avant d'effectuer lui-même une visite d'un jour à Malabo et à Bata, le 12 février 1982.
Mais, dans la "nouvelle donne" des alliances, c'est la France qui tira le
mieux son épingle du jeu... Profitant d'un refroidissement des relations
entre l'Espagne et son ancienne colonie, la France ouvrit des bras
paternels au nouveau despote qui fut reçu à l'Elysée par le président
Mitterrand en 1982.
Rapidement,
les sociétés françaises se multiplièrent dans le pays dans tous les secteurs :
exploitation forestière, transport maritime, électricité, agroalimentaire,
prospection pétrolière (Elf-Aquitaine)... et fin 1982 l'Etat équato-guinéen
abandonna sa monnaie nationale (ekwele) pour le premier franc CFA libellé en
espagnol.
Sous la
pression de ses alliés occidentaux, Obiang Nguema adopte une Constitution et un
Gouvernement civil en 1982 et crée un Parti unique, le PDGE en 1987.
Il accepte enfin en 1996, d'organiser des élections présidentielles
pluralistes. Malheureusement, cette "démocratisation" n'est qu'une
façade...
Une myriade de petites formations (UDS, ADP, CLD, PSD, PSGE, UDENA, APGE,ect.)
créées pour l'occasion par des membres du PDGE, proches du président,
n'ayant
ni militants, ni siège
visible à Malabo, sont censées représenter l'"opposition", tandis que
de véritables partis
d'opposition se voient refuser la "légalisation" nécessaire (et coûteuse)
pour participer au scrutin, ou bien, quoique "légalisés" ne reçoivent pas
le financement prévu par la loi et subissent toutes sortes de
pressions :
arrestations de leaders et de militants, incarcérés et torturés, réunions
politiques interrompues par l'armée, locaux perquisitionnés sans mandat
judiciaire, barrages routiers pour gêner les déplacements des candidats...
et finalement une fraude massive dans tout le pays qui permit au dictateur
d'être réélu à 99,7% des suffrages en 1996, puis à 97,1% en décembre 2002...
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